16 – Place Jean Jaurès

Place Jean Jaurès

La place Jean Jaurès actuelle regroupe deux anciennes places : la place Notre-Dame bordée par l’église paroissiale et la place de la Fontaine.
Après la démolition de l’église en 1829 en 1829, de nombreuses pierres de taille ont été réutilisées dans les bâtiments pelauds. Beaucoup de modillons ont servi comme ornements de façades.

Ancienne vue du bas de la place avec le bandeau publicitaire « Denrées coloniales »

Modillons Avenue de la Paix (numéros 6 et 10)

Modillons Rue de la République (numéro 15)

Modillon 3 Place de l’ancienne Mairie

Modillons Rue Gabriel Péri (numéros 2 et 3)

Modillons Rue Gabriel Péri (numéro 3)

Modillons Rue des Ursulines (numéros 1 et 11)

Modillon Avenue Foch (numéros 31 et 27)

Médaillons rue du puy d’Ayen (numéro 3) et rue du point du jour (numéro 2)

Modillons rue des Résistants (numéro 7) et rue des Cloîtres (numéro 1)

En 1922, après de nombreuses controverses, un monument aux Morts sera édifié à l’emplacement de l’ancienne fontaine.

Emplacement de l’ancienne église Notre-Dame, des halles, de l’ancienne fontaine et du monument aux Morts (fond de carte : plan cadastral napoléonien de 1834)

Pour aller plus loin :

On peut lui rattacher à l’église Notre-Dame, l’épisode révolutionnaire connu sous l’appellation d’affaire des cloches.

Fin 1791, le Directoire du district de Saint-Léonard dont dépend Eymoutiers reçoit de nombreuses plaintes contre l’attitude conservatrice de la Municipalité d’Eymoutiers et du peu de zèle déployé par les habitants de la ville pour y imposer les idées nouvelles. Le 8 décembre, le Directoire conclut à l’envoi de commissaires et à la force armée. L’accueil réservé aux inspecteurs Miaulétous (habitants de Saint-Léonard-de-Noblat) fut des plus frais et les Pelauds leur firent comprendre combien ils étaient importuns. Cependant, des décisions furent prises visant à juger illégale l’élection des représentants pelauds et l’ordre arriva de faire descendre les cloches de Notre-Dame et de les conduire à la Monnaie de Limoges pour y être fondues afin de récupérer le bronze dont avait besoin la Défense Nationale. Cette injonction parut sacrilège et blessa les sentiments religieux toujours fortement ancrés dans la population. Personne ne bouge et la municipalité se borna à contrarier les desseins du District. Celui-ci nommera deux commissaires qui n’auront pas les moyens de mener à bien leur mission, la Municipalité s’opposant au déplacement de l’horloge de Notre-Dame et de sa cloche. Elle refusera même de donner les clefs du clocher.
Le District agacé par la fronde pelaude désigne, le 1er janvier 1792, de nouveaux commissaires pour en finir avec l’affaire des cloches. Choisis parmi les citoyens «actifs» d’Eymoutiers, ils seront assistés par la Garde Nationale de Saint-Léonard et les gendarmes.

Le 3 janvier, un détachement marche sur Eymoutiers. Des élus pelauds supplient les commissaires de ne pas laisser entrer la force armée dans la ville craignant des troubles. On passera outre pour délivrer quatre gardes d’Eymoutiers punis de prison. Le lendemain, une patrouille de la Garde Nationale de Saint-Léonard sera assaillie et conspuée par la foule et par plus de deux cents femmes. Les hommes d’armes devront se retirer.

Aucun habitant d’Eymoutiers ne veut concourir à la descente des cloches. Personne ne consent à prêter une échelle, un outil, une corde. Les commissaires impuissants sont embarrassés. Finalement, la Garde Nationale entre dans le clocher. Dans l’impossibilité de descendre les cloches, les gardes les précipiteront avec grand fracas, du haut du clocher sur le sol. Fort de ce succès, ils décident alors d’aller «fermer» la chapelle des Pénitents Blancs, mais devant les cris et l’hostilité rencontrée, ils devront abandonner leur projet.

Le Directoire du département enquêtera sur les événements d’Eymoutiers et blâmera le district de Saint-Léonard pour son attitude. Ils iront jusqu’à réintégrer la Municipalité d’Eymoutiers suspendue dans ses fonctions.

L’offensive révolutionnaire des plus radicaux aura échoué contre les mainteneurs des anciens principes, soutenus par une population attachée à ses traditions et à ses croyances.
Il est fort possible que ce soit à cette époque que remonte la traditionnelle rivalité entres les Pelauds et Miaulétous !..

Dessin de Léon Jouhaud

Le 11 Novembre 1918, l’armistice met fin à la grande Guerre avec ses 1 400 000 morts français dont 40 000 pour le Limousin. Il y aura 244 noms inscrits sur le monument aux morts d’Eymoutiers. Cette atroce saignée représente environ 6% de la population pelaude estimée à 4094 habitants en 1911. La moyenne d’âge des tués au combat se situe autour de 27 ans et c’est toute une tranche d’âge jeune qui se trouve quasiment décimée. Il ne faut pas oublier tous ceux qui sont revenus blessés ou invalides. L’impact en sera considérable sur la population et la vie pelaude pendant de longues années.

Les élections municipales de 1919 ont envoyé à la mairie le docteur Jules Fraisseix et ses amis socialistes avec 62% des voix. Ils opteront pour le communisme en 1920.

La question s’est posée, dès la fin de la guerre de savoir comment en honorer les victimes. En 1920, une première tentative de créer un « Comité du monument aux morts » a échoué, pourtant on avait fait passer deux fois le tambour en ville ! En 1921, l’idée est relancée par les Vétérans Combattants de 1870 et leur Président Monsieur Mercy qui proposait la pose d’une plaque dans l’église. Le Foyer du Poilu (anciens combattants de la grande Guerre) est prêt à participer au projet mais rejette l’idée de l’implantation à l’église et souhaite un monument sur la place publique. Le Conseil Municipal dans sa séance du 04 Octobre 1921 refusera de voter la subvention demandée pour l’installation dans la collégiale et provoque une réunion le 18 septembre pour la création d’un Comité. Il y verra le jour, sera constitué de 12 membres dont le maire Jules Fraisseix (Président) et de deux conseillers municipaux. On y trouvera aussi Messieurs Mercy, de Queyriaux, Beaure, le docteur Deguillaume, Mesdames Salagnac et Remlinger. Lors de cette réunion une longue discussion s’est engagée. Un accord a été trouvé entre les différentes conceptions : l’épitaphe ne comportera aucun commentaire et se bornera à l’inscription suivante :

« Aux enfants d’Eymoutiers tombés pendant la Guerre 1914-1918 »
Lors de la réunion du 23 octobre, Monsieur de Queyriaux offre 15 mètres cubes de granit taillé pour l’érection du monument mais remet en cause la décision prise sur l’épitaphe. Il lui est rappelé qu’il a participé à la discussion et l’a approuvée. Le principe d’une souscription est adopté et la commune prévoit une subvention de 2000 francs.

La réunion suivante a lieu le trente et le Président donne lecture de la lettre reçue de M. de Queyriaux qui présente sa démission et retire son don en granit. La polémique est ouverte et va se poursuivre jusque dans les journaux :

« Lettre ouverte à Monsieur le Président du Comité d’Initiative du Monument aux Morts d’Eymoutiers pendant la guerre 1914-1918.
Monsieur le Président,
Devant votre refus formel de consigner au procès-verbal de la réunion du Comité aux Morts d’Eymoutiers pendant la guerre 1914-18, du dimanche 23 courant, ma simple protestation contre le projet de l’inscription sur le monument des mots : HONNEUR et PATRIE, je vous prie de bien vouloir accepter ma démission de ce comité, et de considérer comme nul le don de DIX METRES cubes de granit taillé que je faisais à ce Comité pour la construction de ce monument.
Ce don sera toujours à la disposition du Comité, si ce dernier accepte de ne pas placer ce monument au cimetière et d’inscrire dessus le mot de « PATRIE ».
Nos enfants d’Eymoutiers, comme tous les autres de notre chère France sont tombés glorieusement, honorablement, face à l’ennemi, sans hésitation, avec l’entrain du sang GAULOIS qui coule dans nos veines et qui, lors des batailles font de nos soldats des héros composant les troupes d’élite qui savent remporter les victoires.
Que leurs noms soient glorieusement gravés dans le beau granit de notre Limousin, gravés d’une façon indestructible afin que les générations futures, en exécrant la guerre, les lisent, les honorent et les remercient de ce que le sang français qui coule dans nos veines soit toujours resté FRANÇAIS.
C’est pour cela que je protestais contre le retrait du mot de « PATRIE » sur ce monument.
Je remercie toutes les personnes qui ont bien voulu me nommer membre de ce Comité, mais elles comprendront, je l’espère, le sentiment qui me fait agir en prenant cette décision.
La Tour 23 Octobre 1921
De Queyriaux Médaillé de Guerre »

Les anciens Combattants lui répondront par un article paru dans le « Réveil du Centre :

« …. Vous faites appel, M. de Queyriaux, dans votre article à tous les anciens poilus et combattants, patriotes, heureux d’avoir fait la guerre… Vous oubliez trop facilement que le mot poilu est un mot vulgaire auquel on a attaché le sens de bravache : nous ne voulons pas être appelés ainsi. Nous sommes tout simplement des anciens combattants. Oui, disons-nous, nous voulons ériger un monument à nos camarades qui sont tombés atrocement pour une cause à définir. Ce monument s’élèvera. On le verra se dresser sur l’une des places de notre cité : il servira à perpétuer le souvenir de nos chers camarades et aussi à détester la guerre et non à la glorifier … Nous avons répondu à l’appel de la mobilisation car on nous avait dit, pour nous faire marcher, que c’était pour la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, pour la dernière des guerres.

Nous avons fait notre tâche. Si nous voulons et mandons l’érection d’un monument aux morts ce n’est pas pour que les mots « Gloire et patrie » y figurent. C’est simplement pour rendre hommage aux victimes du grand conflit et pour déshonorer la guerre. Nous apprendrons le langage des pierres à nos enfants et petits-enfants pour qu’une semblable boucherie ne puisse recommencer. »

Cet échange montre bien les positions radicalement opposées et inconciliables des uns et des autres.

La controverse continuera par voie d’affiche et dans le Populaire du Centre. Monsieur de Queyriaux mettra en place un second comité en 1922 qui aboutira à la réalisation de la plaque à l’intérieur de l’église avec 225 noms.

Malgré tout, à cette réunion sera discutée la question de l’emplacement du monument, des suggestions sont avancées : au cimetière, sur la place d’Armes, en face de la gendarmerie. Les votes sont partagés et aucune décision ne sera prise.

Les victoires électorales socialistes et communistes de l’après-guerre dans la Montagne limousine mettent en avant un mouvement pacifiste et antimilitariste rejetant les horreurs de la guerre récente. Ce phénomène sera observé lors de l’érection des monuments aux morts dans notre région, le plus symbolique restant celui de Gentioux. On refuse de glorifier un conflit meurtrier et une forme d’antipatriotisme se fait jour (on ne souhaite pas voir figurer les mots : gloire, honneur, patrie, héros dans les épitaphes). Dans beaucoup de ces communes, les monuments élevés seront sobres, sans décor ni ornement, avec des inscriptions minimalistes. Les morts sont des victimes de la guerre qui est directement désignée comme responsable de la mort des fils du pays. On ne veut rappeler que le deuil et la douleur de la disparition, bien loin des théories officielles et patriotiques.

Les démissions se succèdent au Comité et, lors de la séance du 18 novembre le Président prend acte de cette situation. Le Comité ne peut plus fonctionner et est dissous. Le Conseil Municipal reprend alors son autonomie et mènera le projet à bien. La souscription ayant produit 7000 francs, le 22 juin 1922, le Conseil vote une subvention de 9000 francs pour combler la différence entre la celle-ci et le marché de l’entrepreneur. Il décide aussi que le monument sera placé sur la place Jean Jaurès où il se trouve toujours. L’architecte en sera Monsieur Niel. Il proposera un édifice dépouillé, simple bloc de granit pyramidal, sans ornements. Les noms des soldats y seront inscrits sans mention de grade avec un classement particulier en fonction de l’âge au moment du décès. Il y a une volonté de mentionner des individus, des enfants du pays victimes du conflit et non des militaires.

L’inauguration se fera en fin 1922 dans la simplicité et, comme pour les autres communes du canton d’Eymoutiers, le Préfet ne sera pas invité attestant de la défiance de la Montagne limousine vis-à-vis d’un Etat dans lequel elle ne se reconnaît pas.

Les plaques de notre monument ont vieilli et commencent à subir les outrages du temps. Le Conseil Municipal a décidé de les remplacer par de nouvelles. Cette opération a été réalisée en 2011.